Au grand bonheur, la chance : Comment et pourquoi peindre aujourd’hui ?

La peinture d’Alain Maison tente de répondre à cette double question. Mais ce n’est pas son seul mérite. La peinture est un questionnement sans réponse, une approche lente et patiente de l’indicible.
Alain Maison a dit quelque part : Le monde laisse une empreinte sur la toile quand je plaque la toile sur le monde.
Tel le sage, Alain Maison s’enferme à toute heure du jour dans son atelier, pour affronter la toile. La fameuse page blanche, qui précède le monde. Au commencement était le verbe, lit-on dans l’Evangile selon saint Jean. C’est faux, bien sûr : au commencement était l’acte. Le verbe s’est substitué aux gestes, comme une solution après coup. Et chaque jour que Dieu – ou quelqu’un d’autre – fait, Alain Maison reprend la même toile pour la frotter au monde, dans l’espoir de trouver des questions, quelquefois des réponses. Alain Maison interroge le monde, tout simplement. Inlassablement, obstinément, comme on reprend le même chemin escarpé qui mène à soi.

Peindre est une chance, une liberté parfois douloureuse, mais pas un sacrifice, dit encore Alain Maison.

La peinture est un choix, un moyen pour atteindre l’homme. Peindre, c’est s’affronter au miroir et tendre ce miroir aux autres. Il n’est donc pas anodin qu’Alain Maison ait fait le choix de décalquer l’humain, la figure de l’humain, sa présence fugitive dans la matière, dans la chair de la peinture. Rien de ce qui est humain n’est étranger au peintre de la face humaine. La face sous toutes ses faces, le pile et face de l’homme. Car peindre, c’est jouer, comme vivre. Vivre c’est jouer, comme peindre. A ce jeu-là, il arrive que le peintre brûle ses ailes dans la quête impossible des solutions. Il n’y a pas de solutions à nos vies. On le sait.

Alain Maison a choisi de placer sous le vocable de la chance les toiles que voici. La chance, c’est d’abord le destin qu’on jette, le hasard – qu’aucun coup de dé ne saurait abolir, selon le poète Stéphane Mallarmé ! La chance, c’est aussi la chute, le moment le plus sincère de l’homme.

Sommes-nous au monde ? Sommes nous là, ou ailleurs ? demandent ces visages torturés qui transparaissent dans l’épaisseur des lignes et des aplats. Depuis de longues années, Alain Maison tente d’éclaircir la notion de précarité. La précarité, c’est l’état brutal de l’homme face à lui-même, sa nudité face à l’horizon infini des questions sans réponses.

Faire le choix de la peinture dans le monde qu’on sait, c’est faire le choix d’une voie sans issue, périlleuse, précaire. Le peintre questionne le sens de sa vie et de toutes les autres, avec des tubes et des pinceaux, comme le sage le fait à l’aide de ses prières.

Toute peinture de l’homme qui s’efforce d’approcher le moment de vérité absolue : disparition, agonie, mort ou désespérance, se frotte à l’essentiel, à l’essence de l’homme : sa chute. L’homme n’est vrai qu’au moment où sa face écrase le sol qui l’a vu naître. Un certain critique a rangé Alain Maison et quelques autres artistes sous l’étrange bannière des peintres de l’agonie. S’agissait-il de l’agonie des peintres ou de celle de la peinture elle-même ? Si la peinture agonise, c’est parce que l’homme, encore et toujours, agonise.

Quoi qu’il en soit, c’est une chance de peindre, de se colleter avec le réel, avec l’homme, avec soi-même. Est-ce le meilleur moyen de parvenir à la connaissance ? Alain Maison ne le sait pas. Il ne sait pas où il va, ou plutôt, il ne le sait que trop. Pour lui, la chance, c’est d’approcher le gouffre, c’est d’accepter cette approche, c’est la revendiquer.

Cette confrontation avec l’inquiétude, avec l’infini des questions, l’angoisse d’être au monde – ou de n’y être pas tout à fait – ordonne un saut perpétuel dans le vide. Peindre, c’est peut-être affronter ce vide, sans parachute. La chance, c’est de dépasser sa condition après avoir retrouvé, provisoirement, les ailes d’Icare.

En attendant les jours plus tristes où il n’aura plus besoin de peindre, Alain Maison étale, au grand bonheur la chance, ses couleurs sur la toile. Patiemment, tel le sage, il s’approche de la réponse; ou mieux, s’approche de la question. (Texte de Frédéric Chef, octobre 2011).

Adresse : 6 Boulevard de Strasbourg 62000 ARRAS

Contact : 0662806046 / contact@alainmaison.com

Site web : www.alainmaison.com

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